Rwanda : le ministre James Kabarebe décline la convocation du juge français en charge de l’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994

Le ministre rwandais de la défense, James Kabarebe, était convoqué le 14 décembre par un juge parisien qui entendait le confronter à un ancien militaire rwandais accusant le FPR d’être impliqué dans l’attentat du 6 avril 1994. Contestant la crédibilité de ce témoin de la 25e heure, ses avocats ont sèchement décliné la convocation. Jeune Afrique révèle en exclusivité la teneur de leur arguments.

« Il est exclu d’envisager qu’un ministre de la Défense en exercice se rende en France pour être confronté à une personne aussi problématique. » Lundi 11 décembre, à Paris, dans le cabinet du juge antiterroriste Jean-Marc Herbaut, les avocats de James Kabarebe ont écarté d’un revers de robe le scénario proposé à leur client.

En charge de l’information judiciaire sur l’attentat commis le 6 avril 1994 contre l’avion de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana, le juge Herbaut et sa collègue Nathalie Poux avaient en effet convoqué l’actuel ministre rwandais de la Défense pour être confronté à un témoin de dernière minute qui s’est signalé dans la procédure alors que celle-ci était déjà close.

Ancien sergent de l’armée rwandaise, entendu en mars à Paris, James Munyandinda, alias Jackson Munyeragwe, accuse en effet le Front patriotique rwandais (FPR), l’ancienne rébellion tutsie, d’être à l’origine de cet attentat qui donna le signal de départ du génocide.

Mais pour Bernard Maingain et Léon-Lef Forster, les avocats de James Kabarebe et d’un autre officier de l’armée rwandaise, Franck Nziza, « cette confrontation est manifestement non justifiée, et en conséquence nos clients ne comparaîtront pas ces 14 et 15 décembre 2017 ».

Tous deux mis en examen depuis 2010, ainsi que cinq autres Rwandais proches du régime de Kigali, les deux hommes dénoncent de longue date, via leurs avocats, une « manipulation judiciaire » qui ne dit pas son nom. Ouverte depuis 1998, l’information judiciaire a en effet vu défiler plus d’une demie-douzaine de témoins à charge du FPR dont les récits  – mutuellement contradictoires – sont tantôt peu crédibles, tantôt objets de rétractation.

Rupture des relations diplomatiques

Ce lundi, Mes Maingain et Forster ont transmis aux deux magistrats français un courrier de huit pages exposant par le menu les griefs formulés par Kigali face à une instruction qui, depuis 2006, a régulièrement suscité l’irritation des autorités et de la population rwandaises, allant même jusqu’à provoquer la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays pendant trois ans. Si les avocats ne souhaitent pas s’exprimer sur le dossier, un de leurs clients, en revanche, a accepté de livrer à JA la teneur du courrier (lire ci-dessous).

L’argumentaire des avocats se décline en cinq points. « Nos clients ont déjà été entendus, ont coopéré avec la justice et ont répondu à toutes les questions concernant le présent dossier », rappellent-ils d’entrée. Fin 2010, en effet, James Kabarebe, Franck Nziza et cinq autres Rwandais soupçonnées par la justice française avaient été entendus au Burundi par le juge Trévidic, précédemment chargé de l’instruction. Ce dernier les avait alors mis en examen, levant par la même occasion les mandats d’arrêts internationaux qui pesaient sur eux depuis fin 2006, à l’initiative du juge Jean-Louis Bruguière.

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