Mali : « La lutte antiterroriste n’est pas dans le mandat de la Minusma »

A la tête de l’opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali, Mahamat Saleh Annadif doit faire face à une guerre asymétrique, imposée par les djihadistes.

Ancien ministre tchadien des affaires étrangères (1997-2003), Mahamat Saleh Annadif, 61 ans, diplomate expérimenté, dirige depuis 2015 la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies au Mali (Minusma), forte d’environ 14 000 hommes (11 000 militaires, 1 700 policiers, 1 180 civils).

Déployée depuis juillet 2013 alors que le Mali était la proie de groupes armés sécessionnistes touareg, la Minusma doit dorénavant faire face à des attaques djihadistes. C’est la mission de la paix la plus coûteuse en vies humaines avec 140 casques bleus tués. Mahamat Saleh Annadif revient sur les critiques qui sont faites à la Minusma après trois et demi de mandat de maintien de la paix.

Mahamat Saleh Annadif Ce que je vois, c’est que je perds des hommes quasiment tous les jours. Mais, sur le fond, je constate que ces critiques ignorent certains concepts. Le contenu réel d’une opération de maintien de la paix recouvre une vision globale, multidimensionnelle qui prend en compte les avancées politiques, la bonne gouvernance, la protection des civils, la défense des droits de l’homme. Autrement dit, cela ne se limite pas à l’aspect sécuritaire, qui est le seul aspect que les gens retiennent.

Au Mali, notre mission de la paix dispose d’un mandat adapté à une situation politique donnée qui a évolué. Elle est déployée dans un environnement pollué par des terroristes qui lui impose une guerre asymétrique. Or la lutte antiterroriste n’est pas dans le mandat de la Minusma alors que nous en subissons les conséquences. Nous ne sommes pas une mission d’imposition de la paix. Est-ce d’ailleurs la solution ?

J’ai été responsable de la Mission de l’union africaine en Somalie (Amisom) qui, elle, avait un mandat offensif d’imposition de la paix délivré par l’Union africaine, pas de l’ONU. L’Amisom fête cette année son dixième anniversaire et on voit dans quelle situation la Somalie se trouve aujourd’hui.

La Minusma a été déployée mi-2013. En l’espace de trois ans et demi, nous sommes parvenus à un accord politique entre le gouvernement et les mouvements rebelles armés. Aujourd’hui, il n’y a plus un coup de fusil échangé entre ces groupes armés et les forces gouvernementales. Le processus de paix avance lentement mais il avance, et on assiste à un début de stabilisation, de réconciliation. Le problème, c’est que des groupes terroristes sont apparus dont le but est de faire échouer le processus.

Faut-il néanmoins que le Conseil de sécurité des Nations unies change le mandat de la Minusma ?

Qu’il l’adapte plutôt. Par exemple, la force conjointe du G5 Sahel [associant des militaires du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad] a été créée. La Minusma connaît le terrain, elle est capable d’apporter un soutien logistique ou en matière de renseignement. Nous devons mutualiser nos valeurs ajoutées. La mission du G5 Sahel est la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et le trafic de drogue qui constitue un fléau au nord, notamment parce qu’il finance le terrorisme.

Mais il n’y a pas de solution purement militaire. Il faut que la Minusma accompagne le processus politique, veille à la sécurité des populations et des droits de l’homme, etc. La question de la radicalisation fait également partie du processus politique. Il faut aussi accompagner les villes en matière de désenclavement, s’occuper du déminage…

Vous ne redoutez pas des problèmes de coordination entre la Minusma et le G5 Sahel ?

Il n’y a aucun problème. Nous sommes complémentaires. Etant donné qu’ils ont un mandat des Nations unies, je peux leur fournir un cadrage logistique, échanger des informations et eux m’aideront à sécuriser cet environnement afin de faire avancer le processus politique et les opérations de désarmement et de réintégration des anciens combattants.

SourceLe Monde

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